Il y a des projets professionnels que l’on oublie rapidement.
Et puis il y en a d’autres dont on se souvient très précisément, même plusieurs années après.
Le tournage d’un sujet pour TF1, dans l’émission Grands Reportages, fait clairement partie de cette deuxième catégorie.
Le sujet s’intitulait « Les petits coins de paradis » et, pour moi, il était question de raconter un endroit auquel je suis particulièrement attaché : Saint-Palais-sur-Mer, en Charente-Maritime.
Mais pas simplement comme un lieu de vacances.
À travers mon activité de photographe, il s’agissait de montrer ce que représente cette ville pour moi, pourquoi j’aime y photographier ses paysages et comment un territoire peut devenir une véritable source d’inspiration photographique.
À l’origine, le tournage devait avoir lieu en mai 2020.
Mais nous étions alors en pleine période de restrictions liées à la pandémie de Covid-19 et la météo est finalement venue compliquer encore davantage les choses.
Le tournage a été reporté à la fin du mois de juin.
Après plusieurs mois particulièrement compliqués, cette nouvelle date a finalement représenté une forme de libération.
Toutes les autorisations nécessaires étaient réunies et, pour une fois, tout était validé en même temps.
Je pouvais enfin partir à Saint-Palais-sur-Mer et faire ce pour quoi le projet avait été imaginé.
Avec, forcément, beaucoup d’excitation.
Et beaucoup de sensations.
Le tournage s’est déroulé sur trois jours, avec un rythme particulièrement soutenu.
Trois jours pour montrer Saint-Palais-sur-Mer, mais aussi mon quotidien de photographe et la manière dont je regarde cet environnement.
L’équipe de journalistes m’a accompagné dans différents lieux et différentes situations.
Il fallait expliquer, montrer, recommencer parfois, se déplacer rapidement et surtout essayer d’oublier les caméras pour rester naturel.
C’est une sensation assez particulière lorsque l’on a l’habitude d’être derrière un appareil photo.
Pour une fois, ce n’était pas moi qui observais uniquement les autres.
J’étais moi-même devenu le sujet.
Ce qui m’intéressait particulièrement dans ce reportage, c’était de pouvoir parler de Saint-Palais-sur-Mer autrement qu’à travers une simple présentation touristique.
C’est un endroit que je photographie depuis longtemps.
La mer, les falaises, les carrelets, les plages, les lumières changeantes, les phares et tous ces petits détails qui peuvent sembler anodins lorsqu’on les regarde rapidement deviennent, pour un photographe, autant de sujets possibles.
J’y ai développé une véritable relation photographique avec le territoire.
Je ne cherche pas simplement à montrer Saint-Palais-sur-Mer telle qu’on pourrait la trouver sur une carte postale.
J’aime chercher une lumière, une perspective, un alignement ou un instant particulier.
C’est probablement cette manière de regarder les lieux qui était la plus intéressante à transmettre dans le reportage.
Au-delà du résultat final, je garde surtout le souvenir d’une expérience humaine assez incroyable.
Travailler pendant trois jours avec une équipe de journalistes permet de découvrir une autre manière de raconter une histoire.
Le photographe pense souvent en images.
Les journalistes pensent en narration, en rythme, en témoignages et en séquences.
Les deux approches se complètent finalement assez bien.
J’ai beaucoup apprécié les échanges avec l’équipe et leur façon de s’intéresser à mon activité, mais aussi à mon attachement à Saint-Palais-sur-Mer.
Et puis il y avait ce contexte très particulier : après des mois de restrictions et d’incertitudes, retrouver une forme de liberté pour réaliser un projet comme celui-ci avait forcément une saveur particulière.
Une fois les trois jours de tournage terminés, il a fallu… attendre.
Longtemps.
Très longtemps.
Environ un an s’est écoulé entre le tournage et la première diffusion.
Pendant cette période, le reportage a été monté, étalonné, travaillé puis validé avant sa première diffusion.
Et lorsqu’on a participé au tournage, cette attente est assez frustrante : on sait ce que l’on a vécu, mais on ne sait absolument pas ce qui sera finalement conservé.
Quels moments ?
Quelles phrases ?
Quelles images ?
Quelle place pour Saint-Palais-sur-Mer et quelle place pour mon activité de photographe ?
Il faut simplement attendre.
Puis vient enfin le moment de découvrir le résultat.
La première diffusion a été une vraie étape.
Mais ce qui m’a particulièrement marqué ensuite, c’est le succès rencontré par le reportage lors de ses différentes rediffusions.
Des personnes qui ne me connaissaient pas auparavant ont découvert mon travail grâce à cette émission.
Des contacts sont arrivés.
Des personnes m’ont parlé du reportage plusieurs mois après sa diffusion.
Et surtout, certaines sont venues me voir avec une image très précise de mon travail : celle d’un photographe qui avait réussi à raconter son attachement à un endroit à travers son métier.
C’est probablement ce que je retiens le plus de cette expérience.
Avec le recul, ce tournage représente bien plus pour moi qu’un passage dans une émission de télévision.
Il raconte une partie de mon parcours de photographe, mais aussi mon attachement à Saint-Palais-sur-Mer et à la photographie de paysage.
Depuis, j’ai continué à photographier cette côte, ses lumières, ses paysages et ses lieux emblématiques.
Certaines de ces images ont d’ailleurs donné naissance à d’autres projets, à des expositions et à de nouvelles histoires photographiques.
C’est peut-être cela que j’aime le plus dans mon métier : une photographie peut commencer par une simple envie de regarder un paysage autrement et, quelques années plus tard, devenir une exposition, un reportage télévisé ou une rencontre inattendue.
Saint-Palais-sur-Mer reste aujourd’hui l’un de ces endroits où je retourne avec mon appareil photo.
Et probablement l’un de mes plus beaux petits coins de paradis.