Benjamin Babiz Photographe

Éclipse solaire à Saint-Palais-sur-Mer : 27 ans après 1999, je retrouve le Soleil avec mon appareil photo

Le 12 août 2026, j’étais sur la plage du Platin, à Saint-Palais-sur-Mer, avec mon appareil photo et une idée assez précise de ce que je voulais essayer de faire. Une éclipse solaire était annoncée en fin de journée et, depuis plusieurs semaines, je préparais cette prise de vue avec cette excitation particulière que l’on ressent lorsqu’on sait qu’un phénomène ne se reproduira pas de sitôt. Mais il y avait quelque chose de plus personnel dans cette éclipse. Elle me ramenait exactement 27 ans en arrière, au 11 août 1999. J’avais alors 10 ans et je me souviens de cette journée comme d’un événement assez extraordinaire. Cette fois, pourtant, les choses étaient différentes. J’étais toujours là pour regarder le ciel, mais je n’étais plus l’enfant de 1999. Ma compagne et mon fils étaient à mes côtés et, surtout, j’avais désormais un appareil photo capable de garder une trace de ce que nous allions voir.

1999 : la première éclipse

L’éclipse du 11 août 1999 est probablement l’une de celles dont beaucoup de Français de ma génération se souviennent. Elle avait traversé une partie de la France et était devenue totale dans une bande allant notamment de la Normandie à l’Alsace. À Saint-Palais-sur-Mer, elle n’était cependant que partielle, comme celle que nous allions observer 27 ans plus tard. À l’époque, évidemment, je ne me posais pas toutes les questions techniques que je me pose aujourd’hui. J’avais dix ans et il suffisait que le Soleil disparaisse progressivement derrière la Lune pour que le spectacle paraisse extraordinaire. Vingt-sept ans plus tard, le rendez-vous était presque identique sur le calendrier, mais avec une différence majeure : cette fois, l’éclipse allait avoir lieu en soirée.

L’éclipse solaire du 12 août 2026 à Saint-Palais-sur-Mer

Le 12 août 2026, l’éclipse était visible depuis une grande partie de la France sous la forme d’une éclipse partielle. À Saint-Palais-sur-Mer, le maximum s’est produit vers 20 h 23, avec environ 97 % du diamètre du Soleil occulté par la Lune. Le chiffre est impressionnant, mais il faut bien comprendre ce qu’il signifie : il ne s’agissait pas d’une éclipse totale. Même lorsque 97 % du disque solaire est caché, une petite partie du Soleil reste directement visible et continue de produire une lumière extrêmement intense. C’est d’ailleurs une différence fondamentale avec une véritable éclipse totale, pendant laquelle la photosphère du Soleil disparaît complètement derrière la Lune. À Saint-Palais-sur-Mer, le Soleil était également très bas sur l’horizon au moment du maximum, à seulement quelques degrés au-dessus de la mer. Cette configuration allait donner au phénomène une ambiance assez particulière, presque comparable à celle d’un coucher de soleil.

Pourquoi la lumière ressemblait-elle autant à celle d’un coucher de soleil ?

C’est justement cette lumière qui m’intéressait particulièrement en tant que photographe. Lorsque le Soleil est proche de l’horizon, ses rayons traversent une épaisseur d’atmosphère beaucoup plus importante que lorsqu’il est haut dans le ciel. La lumière est alors davantage diffusée et certaines longueurs d’onde sont plus fortement dispersées. C’est ce qui explique notamment les teintes rouges, orangées et dorées que nous observons au coucher du soleil. Pendant l’éclipse, deux phénomènes se superposaient donc : le Soleil descendait progressivement vers l’horizon tandis que la Lune masquait une très grande partie de son disque. La lumière ambiante diminuait et prenait des teintes qui rappelaient de plus en plus celles d’une fin de journée classique. Il faut toutefois apporter une précision importante : contrairement à ce que l’on pourrait penser, le fait que le Soleil soit bas et que son rayonnement soit davantage atténué par l’atmosphère ne rend pas son observation directe sans danger. Même une faible portion du disque solaire visible peut être suffisamment intense pour provoquer des lésions oculaires et endommager un capteur photographique. C’est pourquoi j’avais préparé mon matériel avec beaucoup de sérieux.

Comment j’ai protégé mon appareil photo pour l’éclipse

Pour photographier le Soleil, je voulais utiliser mon zoom avec une focale importante, mais il était hors de question de faire confiance à un simple filtre photographique ou à un bricolage approximatif. J’ai donc acheté une feuille de filtre solaire adaptée à l’observation du Soleil, pour une vingtaine d’euros, puis j’ai fabriqué un support en carton afin de pouvoir l’ajuster précisément à l’avant de mon objectif. L’idée était finalement assez simple : réaliser un filtre qui puisse être installé devant l’optique et qui ne laisse absolument aucune lumière solaire directe entrer par les côtés. Ce n’est certainement pas la partie la plus spectaculaire de la préparation d’une photographie d’éclipse, mais c’est probablement celle qu’il ne faut surtout pas négliger. Une éclipse est un événement rare, mais elle ne justifie évidemment pas de mettre ses yeux ou son matériel en danger pour obtenir une photo.

 

croissant de soleil lié à l'eclipse du 12 août 2026 réalisée avec un filtre de protection spécialisé
Pic de l'eclipse du 12 août 2026 réalisée avec un filtre de protection spécialisé
croissant de soleil lié à l'eclipse du 12 août 2026 réalisée avec un filtre de protection spécialisé
croissant de soleil lié à l'eclipse du 12 août 2026 réalisée avec un filtre de protection spécialisé
croissant de soleil lié à l'eclipse du 12 août 2026 réalisée avec un filtre de protection spécialisé

Une plage, une éclipse et un coucher de soleil presque ordinaire

Au fil des minutes, le spectacle devenait de plus en plus intéressant. Le Soleil descendait, la Lune continuait sa progression et la lumière changeait progressivement autour de nous. Ce qui m’a frappé, c’est qu’au cours des dernières minutes, l’ambiance ressemblait presque à celle que l’on peut observer lors d’un coucher de soleil classique sur la côte. La différence était évidemment que cette fois, la Lune participait au spectacle. Pour un photographe de paysage, c’était une situation particulièrement intéressante : la position du Soleil était suffisamment basse pour permettre de travailler sur des silhouettes et des compositions proches de celles que l’on recherche habituellement au moment du coucher du soleil, tout en ayant au-dessus de soi un phénomène astronomique exceptionnel.

Et puis le paddle est arrivé

C’est dans ces moments-là que la préparation photographique rencontre parfois une part de hasard. J’avais étudié la position du Soleil, choisi mon emplacement et préparé mon matériel, mais je ne pouvais évidemment pas prévoir ce qui allait se passer devant moi. Un paddle est alors passé sur l’eau. Il aurait été dommage de ne pas profiter de ces silhouettes qui venaient spontanément s’inscrire dans mon cadre. J’ai donc essayé de composer rapidement avec eux, le Soleil et la mer. Le paddle était évidemment minuscule par rapport au Soleil, mais c’est précisément ce contraste qui m’intéressait. Deux personnes seules sur l’océan, face à un phénomène astronomique que nous étions plusieurs à observer depuis la plage. La photographie n’était plus seulement une image de l’éclipse : elle devenait une véritable scène de paysage.

C’est d’ailleurs quelque chose que je recherche régulièrement dans mon travail. Photographier un phénomène spectaculaire est une chose, mais essayer de le replacer dans son environnement me semble souvent plus intéressant. Le Soleil seul peut produire une belle photographie. Le Soleil accompagné d’un élément qui raconte quelque chose peut produire une image qui retient davantage l’attention. Ici, le paddle apportait une échelle, une présence humaine et surtout un petit élément de hasard que je n’aurais pas pu inventer à l’avance.

27 ans plus tard, le même ciel mais pas la même vie

C’est probablement ce qui restera le plus longtemps de cette soirée. L’éclipse en elle-même était magnifique, bien sûr, et je suis heureux d’avoir pu la photographier depuis la plage du Platin. Mais pendant que je regardais mon appareil photo, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à l’enfant de dix ans que j’étais en 1999. Vingt-sept ans se sont écoulés entre ces deux éclipses. À l’époque, je regardais le phénomène avec la famille dans laquelle j’ai grandis et avec les yeux émerveillés d’un enfant qui assiste à quelque chose qu’il ne comprend pas vraiment. En 2026, j’étais là avec ma propre famille, avec mon matériel photographique et avec une toute autre perception du phénomène.

C’est peut-être aussi pour cette raison que la photographie m’intéresse autant. Une photographie permet évidemment de conserver une image, mais elle conserve aussi le contexte dans lequel cette image a été prise. Dans quelques années, je pourrai regarder cette photographie et me rappeler de la plage du Platin, de cette lumière étrange, du paddle qui est passé au bon moment et de cette soirée passée avec ma compagne et mon fils. Je pourrai surtout me souvenir que, 27 ans après avoir observé une première éclipse à l’âge de dix ans, je me suis retrouvé à nouveau face au Soleil et à la Lune, cette fois avec un appareil photo entre les mains.

Photographier une éclipse solaire : une expérience avant tout humaine

On pourrait facilement réduire la photographie d’une éclipse à une succession de réglages techniques : focale, vitesse d’obturation, sensibilité ISO, mise au point, filtre solaire et calcul de la position du Soleil. Tout cela est évidemment indispensable pour réussir la prise de vue, mais ce n’est finalement qu’une partie de l’histoire. Une photographie réussie est aussi une photographie qui raconte quelque chose.

Cette éclipse du 12 août 2026 restera pour moi comme un rendez-vous assez particulier avec le temps. Celle de 1999 avait marqué mon enfance. Celle de 2026 m’a permis de vivre le même genre de spectacle avec ma propre famille. Entre les deux, il y a eu 27 années de vie, de photographie, de rencontres et de souvenirs.

Et finalement, c’est peut-être cela que j’aime le plus dans ce métier : avoir la possibilité de transformer quelques secondes fugaces en une image capable de nous ramener, des années plus tard, exactement à l’endroit où nous étions.

Cette fois, j’étais sur la plage du Platin, à Saint-Palais-sur-Mer.

Avec une éclipse à 97 % au-dessus de l’océan.

Et un paddle qui, sans le savoir, a choisi exactement le bon moment pour entrer dans mon cadre.

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